Etude de cas: Mère vivant avec un enfant autiste

Assurer une double fonction parentale dans la prise en charge de son enfant autiste

Une recherche du Cabinet de conseil RESILIENCES

Yann Vivette TSOBGNI, psychologue , responsable de la recherche

Gérôme Didié MENZEPO, stagiaire et étudiant en 4ème année psychologie.

RESUME

L’objectif de cette étude est de comprendre le vécu psychologique des mères d’enfants autistes à la lumière de l’analyse d’un cas mis en relief avec la littérature présente. Nous avons sélectionné notre participante par un appel à participation en respectant les critères d’inclusion que nous nous sommes fixés de par le but de cette étude. Notamment, le ou la participant(e) devrait être parent d’un enfant autiste, être africain et habiter en Afrique. L’entretien semi-directif et le questionnaire d’enquête nous ont permis de recueillir les données sur lesquelles nous avons fait une analyse de contenu. Il ressort de cette étude que le vécu des mères d’enfants autistes est entaché de difficultés de divers ordres, parfois liées au symptôme du trouble de l’enfant et parfois liées à sa prise en charge. Ces difficultés ont donc un impact significatif sur la qualité de vie de la mère. Au final, être parent d’un enfant à besoins spécifiques est un métier à plein temps. Prendre du temps pour soi et s’outiller davantage sur ce sujet aideraient à mieux assumer ce double rôle.

Mots clés : autisme, parent, croyances, soutien familial, vécu psychologique

La fonction parentale se définit comme un processus qui commence avant le projet d’avoir un enfant, se poursuit pendant la grossesse et se redéfinit quand le bébé de la réalité arrive ; RACAMIER (1961). Cette fonction implique ses exigences et son tas de stress et de responsabilité lorsque l’enfant est dit normal. Quand celui-ci nait avec des limitations de fonctionnement dans certains domaines, cette exigence et ce stress augmentent significativement. Les parents se retrouvent donc dans une situation ambivalente entre l’enfant  fantasmé (imaginé et désir) et l’enfant réel (enfant différent). Cette étude trouve ses racines dans les préoccupations concernant le vécu des parents  avec un enfant autiste, notamment chez les mères (donneuses de soins). Nous avons constaté que de façon générale, en contexte africain, les parents éprouvent beaucoup de difficultés  dans leur vécu quotidien avec leur enfant avec un besoin spécifique.

1. Introduction

Sénéchal et Des Rivières-Pigeon, (2009) montrent dans leur étude sur l’impact de l’autisme sur les parents que les difficultés vécues par les parents d’enfants autistes ne se limitent pas qu’au choc du diagnostic et à l’adaptation qui s’en suit, mais va plus loin jusqu’aux répercussions du handicap de l’enfant et de sa prise en charge. Au Canada, 99 % des parents gardent leur enfant à la maison si bien que toute la famille doit adapter sa vie quotidienne à ses déficits (TÉTREAULT & KETCHESON, 2002). Dans une autre étude, (Baghdadli, et al., 2008) montrent que le temps que les parents consacrent à la prise en charge de leur enfant autiste a un impact négatif sur leur qualité de vie. L’étude de (Derguy, 2014) sur les vulnérabilités des parents d’enfants autistes et l’ajustement conclut que  les besoins et les difficultés d’ajustement relevés chez les parents confirment la nécessité d’accompagner, de façon plus systématique, les pères et les mères d’enfant avec un trouble du spectre autistique (TSA).

Tous ces auteurs sub-cités décrivent les difficultés rencontrées par les parents d’enfants autistes et les facteurs de stress qui peuvent émailler leur vie quotidienne. Toutefois, ils ont peu abordé le vécu subjectif des mères. Nous nous proposons donc dans cet article de porter un intérêt particulier sur le vécu subjectif des mères à travers l’analyse d’un cas. L’objectif est d’analyser le vécu maternel face à la prise en charge de l’enfant.

1.1. Population

Le but de l’étude étant essentiellement exploratoire, nous avons décidé de ne prendre qu’une seule participante afin de mieux explorer les différentes sphères de sa vie, les facteurs de vulnérabilité et de protection. Nous avons obtenu notre participante par la technique d’échantillonnage de volontaires à travers un appel à participation. L’échantillonnage de volontaires est une technique d’échantillonnage non probabiliste qui consiste a recruter les sujets qui acceptent volontairement de participer à une recherche. Cet échantillon est non représentatif de toutes les mères qui vivent avec un enfant autiste. La participante est âgée de 32 ans et sa fille âgée de 5 ans.

Critères d’inclusion :

  • Etre parent d’un enfant avec un trouble du spectre de l’autisme déjà diagnostiqué
  • Être d’origine africains résidant en Afrique.

1.2. Instruments de collecte et d’analyse de données.

Nous avons opté pour un questionnaire d’enquête exploratoire et un entretien semi-directif.  De ce fait, un questionnaire et un guide d’entretien ont été conçus à partir des rubriques principales de cette étude. Les données recueillies ont ensuite été analysées.

Le questionnaire a été conçu autour des 8 rubriques et 38 items ainsi que suit :

  • Les données sociodémographiques, constituées de 08 items
  • Les  données en lien avec l’enfant, constituées de 03 items ;
  • L’histoire  de la maladie, constituée de 05 items ;
  • Les  données en lien avec les symptômes de l’enfant, constituées de 07 items
  • Les relations familiales,  constituées de 03 items ;
  • Le vécu subjectif,  constitué de 06 items ;
  • Les  ressources adaptatives  constituées de 03 items
  • Les  perspectives d’avenir constituées de 03 items

Ce questionnaire a permis de recueillir des informations sur les aspects généraux et d’explorer de façon précise les différentes sphères du vécu psychologique du sujet.

Le guide d’entretien quant à lui a été organisé autour des facteurs impliqués, des impacts et des croyances sur la problématique et le suivi. Ces différentes rubriques avaient pour vocation de permettre au parent de mettre les mots sur son vécu psychologique, verbaliser sa souffrance, ses difficultés, ses inquiétudes, ses peurs, ainsi que les ressources qui lui permettant de tenir le coup et d’avoir des projets d’avenir. Les suivis post-entretien ont permis d’aller en profondeur des réponses  et  de valider l’exactitude des réponses et explorer les aspects latents du discours.

2. L’analyse de cas.

Madame A., âgée de 32 ans, camerounaise de nationalité et résident au Maroc est célibataire et mère d’une fille unique autiste âgée de 5 ans. Elle a un niveau d’étude supérieure et étudie encore. Sa fille ne répond pas à son nom quand elle l’appelle et elle ne reproduit pas les ce qu’elle observe (par exemple si madame A. fait une grimace, elle ne le ferait pas en imitation.)  Si madame A. pointe vers un jouet de l’autre côté de la pièce, son enfant ne suivra pas des yeux. Elle a été séparée du père de sa fille et ce dernier ne s’occupe pas de leur enfant commun, ce qui fait que madame A vit une parentalité en solitaire.

2.1. Lien entre le vécu et la situation actuelle.

Situation passée :

  • Grossesse difficile avec un épanchement du placenta avant 6 mois de grossesse.
  • Accouchement difficile avec plus de 24h de travail avant la délivrance.  
  • La fille de madame A. s’est assise à l’âge de 9 mois.
  • Madame A. a passé 03 ans de sa vie à chercher une solution pour sa fille car son entourage considérait que sa fille était normale mais seulement agitée, que ça devrait passer avec le temps.
  • Le diagnostic de l’enfant a été posé à l’âge de 03 ans par un psychologue. C’est donc à ce moment qu’elle a appris que sa fille était autiste ; chose qu’elle a très mal prise et sa famille également. Ils ne comprennent toujours pas l’origine du trouble de l’enfant.

Difficultés actuelles :

  • Inquiétude sur l’avenir de son enfant «Si je venais à disparaître qui va s’occuper de ma fille ».
  • La difficulté liée à la surveillance  continuelle et au fait de ne pas pouvoir confier facilement sa fille  à quelqu’un d’autre.
  • Difficulté à commencer un travail dû au temps qu’elle consacre par  jour pour sa fille.
  • Difficulté à trouver les spécialistes pour le suivi adapté de sa fille.
  • Manque de moyens financiers.
  • Absence totale du père de l’enfant de son suivi.

Compréhension clinique :

Au vu de la situation passée et de celle qui prévaut, madame  A  s’est adaptée à la situation en consacrant plus de temps pour le suivi de sa fille, ce qui impacte considérablement la qualité de vie de celle-ci.  Aujourd’hui, vu les efforts fournis et la situation de sa fille, elle est préoccupée et  se plonge dans une anxiété : « quand je voir ma fille je ressens de l’anxiété ». Ce qui associé au manque de suivi psychologique et de moyens financiers pour offrir un suivi adapté à sa fille ou l’amener à l’étranger augmente son niveau de stress. Elle dit : « ce qui nous aiderait ma fille et moi serait tout suivi psychologique  et toute aide financière ». La situation de sa fille et ses  difficultés personnelles semble la mettre dans une ambivalence entre le deuil de l’enfant idéalisé et la surprotection de l’enfant vulnérable.

2.2. Répercutions sur sa vie.

La naissance d’un enfant normal implique un réaménagement de la dynamique de vie de sa mère et un temps supplémentaire a consacrer pour le nouveau-né. Dans le cas de la naissance d’un enfant différent (avec autisme ou autres troubles neuro-développementaux), ce réaménagement est plus accentué et implique un bouleversement non négligeable dans la vie des parents, allant de la réorganisation de la structure familiale à la modification des représentations de l’enfant désiré. Tout cela n’est pas sans conséquence pour les parents. Chez madame A., la situation de sa fille a ainsi entrainé un réaménagement global de sa vie :

  • Répercutions au niveau professionnel (académique) :

Les exigences de la prise en charge de l’enfant différent et le temps a lui consacré par jour implique des sacrifices énormes qui se répercutent sur les études de madame A. Le suivi de l’enfant et l’attention que madame A lui accorde font qu’elle trouve très difficile de commencer un travail car elle ne sait pas comment faire avec sa fille pendant qu’elle sera au travail. La garde de sa fille implique plus de suivi que celle d’un enfant qui n’a pas de besoin spécifique. Elle le dit en ces mots : « J’envisage de travailler mais il faudra trouver quelqu’un qui s’en occupe à temps plein… ». La situation de sa fille a donc une influence considérable sur sa vie académique et professionnelle car c’est elle qui détermine désormais la nature du travail à faire et les heures pour aller à l’école.    

  • Répercutions au niveau familial.

Au niveau familial, on note un renforcement des liens à travers le soutien de ses frères et sœurs nonobstant la recherche vaine de l’origine du trouble de l’enfant par ces derniers. Ce renforcement des relations et du soutien familial est l’un des piliers essentiels qui ont permis à madame A de surmonter les difficultés liées à la situation de sa fille jusqu’à présent.

  • Répercutions au niveau  relationnel :

Au niveau relationnel, on note une rupture d’avec le père de l’enfant et la non-implication de celui-ci dans le suivi de sa fille. On note aussi la réduction du réseau relationnel dû au temps à consacrer à la prise en charge de l’enfant qui empêche la mère de s’investir dans des relations et d’entretenir de bonnes relations avec les autres. Elle dit : « ça réduit mes relations car pour sortir, il faut marcher avec elle et les gens ne comprennent pas toujours ses réactions et son comportement et il faut être en train de la surveiller tout le temps.» Le regard des autres et la stigmatisation entrainent un retrait social qui contribue à la fragilisation de son réseau relationnel. Avoir un enfant différent a un impact sur les relations interpersonnelles de madame A et affecte son engagement en tant que femme dans des nouvelles relations qui pourront aboutir sur un autre enfant, vu que le père de sa fille l’a abandonné. Désormais, elle veut consacrer toute sa vie au suivi de sa fille et ne désire pas avoir d’autres enfants. Pour elle, on ne peut pas avoir un enfant handicapé et continuer à faire d’autres enfants.

  • Répercutions sur la santé mentale :

            Au niveau de la vie psychique et de la santé mentale, nous notons une inquiétude permanente avec les ruminations cognitives «Si je venais à disparaître qui va s’occuper de ma fille » et de l’anxiété. La situation de l’enfant différent et les exigences que cela entraine met madame A dans une situation de stress permanent dû au trouble de l’enfant, à la recherche d’une solution miracle, au temps de soin à accorder par jour de manière continuelle et à l’avenir incertain de l’enfant.  On note aussi le retrait social qui implique un sentiment d’inefficacité personnelle, une baisse de l’estime de soi dû à la stigmatisation et les croyances populaires et culturelles sur l’autisme. On  note également une qualité de vie altérée à travers  les indicateurs comme : « ce qui me semble plus difficile c’est de la surveiller tout le temps et le fait de ne pas pouvoir la confier facilement  à quelqu’un d’autre » ; « il faut tout prévoir, il faut beaucoup de suivi » ceci implique l’organisation du temps et des interventions auprès de l’enfant. Enfin on note le processus de deuil de l’enfant idéalisé qui reste inachevé.

2.3. Les ressources mises en exergue

Les principales ressources adaptatives que madame A. a déployées  pour s’adapter à cette situation jusqu’à présent sont essentiellement  la prière et le soutien de sa famille qui sont les stratégies de coping centrées sur le soutien social.

Ce qui a manqué à madame A dans cette situation est le soutien du père de son enfant ; la bonne information au début de la situation ; le soutien et de l’accompagnement des professionnels.

Ce qu’il faut maintenir et développer chez madame A c’est l’optimisme et la détermination dans la recherche d’informations et de solutions pour sa fille.

2.4. Rôle des croyances dans la compréhension de l’autisme.

Les croyances et les représentations culturelles ont un grand impact sur la conception et la prise en charge du en handicap dans le contexte africain comme dans toutes les autres cultures du monde  (Ntjam & Kuete, acceptation du handicap mental dans quelques groupe culturels du cameroun: entre causalité cryptogène et biomédicale). La prise en charge dépend de la représentation que l’on se fait du handicap de l’enfant. Le rôle de ces croyances s’inclinent sur trois plans  dans le cas de madame A.

  • Croyances culturelles :

Dans la communauté de madame A, on associe le handicap a de la sorcellerie et considère que les enfants autistes et autres enfants avec un handicap sont des mauvais enfants. Qu’il serait mieux de les négliger et de faire d’autres enfants. On attribue l’origine de l’autisme à de la sorcellerie (ABRAHAM & TOROKO, 1978; Ntjam m.-c. , 2008 ; Ntjam & Kuete) ce qui empêche de prendre des responsabilités nécessaires.

  • Croyances familiales :

Au niveau familial, tout le monde est encore dans la stupéfaction et la quête de la cause du trouble de l’enfant, ils ne comprennent pas ce qui se passe. Ce qui leur permet de s’impliquer en soutenant leur sœur qui a un enfant avec un trouble du spectre de l’autisme. La modernité de la famille et l’orientation vers les solutions scientifiques des membres de la famille leur permettent d’accepter le handicap de l’enfant et d’en rechercher les causes potentielles.

  • Croyances personnelles :

Madame A. croit que le trouble de sa fille a une explication scientifique et que sa situation peut s’améliorer avec une prise en charge adaptée. Elle croit  également que quand on a un enfant autiste, on ne devrait pas faire d’autres enfants tant qu’on n’a pas encore assuré le suivi de ce dernier. Cette représentation de la situation la permet de mieux accepter le trouble de sa fille et de chercher les solutions.

3. Ressources  pouvant aider les personnes vivant cette situation

Le TSA est un trouble qui implique beaucoup de stress et de détresse chez les parents tel que décrit plus haut. Pour  que cette détresse et ce stress soient moins perceptibles et qu’il y’ait moins d’impacts, un certain nombre de ressources doit être à la portée des parents. Ces ressources sont entre autres :

  • Un soutien psychologique: Ce soutien permettra de répondre à certaines questions ainsi qu’aux inquiétudes des parents. Ce soutien soulagera aussi la détresse des parents et leur permettra de faire face au stress lié aux symptômes de l’autisme et à sa prise en charge.
  • Les groupes de parole: être dans un groupe de partage d’expérience pour parent sera bénéfique. Un tel groupe soulagera la détresse et le sentiment de solitude rien qu’à la vue des personnes ayant le même problème. Il permettrait aussi de se partager les stratégies d’adaptation et de gestion des crises de colère des enfants par exemple.
  • Un bon support familial: On ne peut oublier le rôle de la famille, car celle-ci est le support de base de tout individu. Lorsque son fonctionnement est adapté, elle offre un soutien, une sécurité et un équilibre à ses différents membres. Le soutien de la famille est très important pour les parents dans le cadre de la prise en charge de l’autisme.
  • La recherche de la bonne information : la bonne information est capitale et déterminante dans le début de la prise en charge de l’enfant. Il s’agit de chercher à connaitre le diagnostic de l’enfant, les caractéristiques de sa pathologie, les complications possibles, comment s’organise la prise en charge…

4. État des recherches sur le sujet.

Le trouble du spectre autistique (TSA) est l’un des troubles neuro-développementaux les plus prévalents. Il se caractérise par les déficits persistants de la communication et des interactions sociales observés dans des contextes variés ; un caractère restreint et répétitif des comportements, des intérêts ou des activités, comme en témoignent au moins deux des éléments suivants : soit au cours de la période actuelle, soit dans les antécédents (Caractère stéréotypé ou répétitif des mouvements, intolérance au changement, intérêts extrêmement restreints et fixes, Hyper ou hypo-réactivité aux stimulations sensorielles) (American Psychiatric Association, 2015). Au cours des dernières années, la fréquence du trouble du spectre de l’autisme aux États-Unis s’approche de 1 % de la population avec des estimations comparables entre les échantillons d’enfants et d’adultes (Brugha et al. 2011 cité par APA 2015). Pour l’organisation mondiale de la santé, un enfant sur 160 serait autiste dans le monde (OMS, 2017) ces chiffres correspondent toutefois a une moyenne et la prévalence notifiée varie notablement d’une étude à une autre. En France, environ 700000 personnes sont atteintes d’un trouble du spectre autistique dont 60000 personnes autistes ; 8000 enfants autistes naissent chaque année, ce qui représente 1 personne sur 100 (volontaire pour les perosnnes avec autisme (VA)). Les causes de ce taux élevé ne sont pas clairement établies, cependant, il pourrait être le reflet d’un élargissement des critères diagnostiques du DSM-5 pour inclure des cas sub-syndromiques, d’une meilleure reconnaissance du trouble, de différences de méthode des études ou d’une réelle augmentation de la fréquence du trouble du spectre de l’autisme.

4.1. Facteurs  de stress parental.

Avoir un enfant qui présente un trouble du spectre de l’autisme (TSA) est une réalité complexe qui concerne aujourd’hui plus d’une famille sur 100 dans la population mondiale (Des Rivières-Pigeon & Courcy, 2017). Les recherches menées dans le champ de l’autisme concernant l’impact de l’autisme sur les parents (COHAN, 1986; Sénéchal & Des Rivières-Pigeon, 2009; Vianne, Marlene, & Melissa, 2004; RATTÉ, 2019; Des Rivières-Pigeon & Courcy, 2017; Derguy, 2014) relèvent une détresse importante chez les parents et surtout chez les mères ; un stress important et une répercussion sur leur qualité de vie. Ce stress est dû à la surcharge quotidienne de travail et de soins qui accroissent la fatigue, entraînent de l’irritabilité, voire de la dépression, ce qui limite la disponibilité des parents pour les autres enfants et leur propre couple (Fisman et Steele, 1996 cité par Sénéchal & Des Rivières-Pigeon, 2009) ; Le stress parental peut se trouver en outre intensifié par des difficultés de communication. Par exemple, les parents peuvent craindre de ne pas décoder correctement les besoins exprimés par l’enfant ou de n’être pas bien compris par lui. De plus, Selon les observations, les parents d’enfants autistes présentent un risque particulièrement élevé d’isolement social, de discorde maritale et, finalement, de séparation. Leur avancement professionnel est plus difficile; ils vivent plus d’anxiété et ont une perception plus négative de leurs compétences parentales (Baghdadli, et al., 2008) comme c’est le cas avec madame A où on note la réduction du réseau relationnel à cause du temps qu’elle consacre pour sa fille et la séparation d’avec le père de sa fille. D’autres sources de stress concernent  les domaines de limitation de l’enfant comme les problèmes liés au sommeil et à l’alimentation, particulièrement fréquents chez les enfants autistes. On note aussi comme sources de stress chez les parents les moyens financiers comme notamment dans le cas de madame A où elle soulève les problèmes financiers comme une limitation de ses capacités pour le bon suivi de son enfant. D’après plusieurs chercheurs, des difficultés financières sont susceptibles d’affecter sérieusement la qualité de la vie des familles avec un enfant autiste (COHAN, 1986; Sénéchal & Des Rivières-Pigeon, 2009).

4.2. Facteurs anthropo-culturels

Le TSA est un trouble neuro-développemental qui a un impact significatif sur la famille. L’influence du TSA peut s’observer sur le plan émotionnel, physique, financier et relationnel. Face à un diagnostic de TSA, les parents réagissent différemment mais dans tous les cas cela provoque toujours un bouleversement dans  leur vie. Ceci, dû aux répercussions du  TSA en terme de handicap ; l’invalidité de l’enfant entraine alors une sur-implication des parents dans l’éducation et la prise en charge de celui-ci. Ainsi, les parents des enfants TSA sont exposés à des facteurs de stress important qui affectent leur qualité de vie et leur épanouissement au sein de la famille et de la société. (BAGHDADLI, DARRON, & MAYER, 2015).  Ceci peut aussi entrainer le rejet de l’enfant par les parents ou les autres membres de la famille comme ces frères et sœurs ou les frères et sœurs des parents. Les travaux de (ABRAHAM & TOROKO, 1978) sur les cryptes montrent qu’un enfant peut souffrir de ce qui reste dans l’inconscient des parents en étant victime des croyances et des représentations culturelles trans-générationnelles. Les travaux de Ntjam et Kuete sur l’acceptation du handicap mental montrent que l’acceptation du handicap de l’enfant par les parents dépend de la compréhension des parents de la causalité du handicap de leur enfant. Dans le même sillage, pour parler du sentiment de rejet des enfants au sein de la famille, (Kohler & Dubost, 1973) dans leur travail sur la prise en charge en internat des enfants débiles mentaux montrent 04 points essentiels dans le besoin de mise en internat des enfants débiles mentaux. Il montre que certains parents préfèrent mettre leur enfant en internat pour les voir uniquement le weekend afin de ne pas sentir le poids de sa prise en charge. Dans le même ordre d’idées , Ntjam & Theufang montrent qu’en Afrique et particulièrement au Cameroun, avoir un enfant en situation de handicap reste encore une chose mystique et mystérieuse. Dans certaines cultures, la présence d’un enfant spécifique est un signe des dieux et l’appréhension est d’abord traditionnelle, culturelle et religieuse.

5. Suggestions  aux parents pour prendre  soin d’eux dans cette situation.

Le TSA est un trouble chronique qui dure toute la vie ; le parent doit le savoir et s’adapter à cette nouvelle réalité afin de mieux faire face. Pour le cas de madame A. présenté ici et d’autres parents d’enfants autistes, pour surmonter leurs difficultés et mieux s’adapter à leurs situations, nous leur recommandons de propositions suivantes :

  • Faire des exercices de relaxation « la respiration abdominale » chaque matin au réveil et chaque soir au coucher pour  prendre le contrôle de soi et mieux faire face au stress quotidien et à l’inquiétude permanente. L’exercice consiste à prendre les grandes inspirations et les expirations lentes et ralentir sa respiration au fur et à mesure en expirant de l’air dans le ventre. Cet exercice permet de reprendre le calme et la sérénité ; d’évacuer le stress et la colère.
  • Planifier toutes vos activités de la journée dans un ordre de priorité et de complexité qui permet de ressentir moins de peine dans l’exécution de toutes vos tâches quotidiennes. La planification va permettre d’avoir suffisamment de temps pour prendre soin de votre enfant et d’avoir un peu de temps pour vous et pour faire autre chose.
  • Vous outiller suffisamment sur le trouble de votre enfant à travers les lectures, les séminaires, la capacitation des parents et autres formations pour les parents, car avoir une bonne connaissance de la situation de votre enfant leur permettrait de mieux s’organiser et mieux faire face (Ntjam & Tcheufang).
  • Renforcer votre réseau relationnel à travers les sorties, ne pas se retirer de la société.
  • Prendre soin de vous car votre vie ne se résume pas qu’à celle de votre enfant et à la prise en charge de son trouble. Prenez un peu de temps pour vous-même ; cela vous permettra d’avoir encore de l’énergie et assez de ressource pour continuer à faire face à cette situation
  • Suggestions  pour  l’enfant.

Pour faciliter l’interaction et lacommunication avec l’enfant et augmenter la rentabilité de sa prise en charge, vous pouvez :

  • Récompenser les moindres efforts et les petits succès de votre enfant pour consolider les acquis et l’encourager à faire mieux. Cela peut se faire à travers les petits cadeaux ou des simples félicitations (bravo! Félicitation ! super ! …)
  • Encourager l’apprentissage par le jeu en organisant ses activités autour des choses qui l’intéressent.
  • Eviter d’être hyper-protectrice, laissez votre enfant se rouler par terre et se salir, faire ce qu’il veut de temps en temps.
  • Le laisser jouer avec les autres enfants pour développer la socialisation.
  •   La reconnaissance des aptitudes uniques de l’enfant; Les intérêts spéciaux de votre enfant constituent la clé de son comportement, de ses capacités d’apprentissage et de son habileté à réagir. Il se sert de ses intérêts spéciaux pour contrôler le monde et tenir à distance le chaos des échanges sociaux quotidiens (Lee, s.d.).
  • Aider votre enfant à s’appuyer sur ses atouts ; il faut toujours voir le verre à moitié plein, et pas à moitié vide.

6. Conclusion

La présente étude visait à comprendre le vécu psychologique des mères d’enfants avec un trouble du spectre de l’autisme à travers l’analyse d’un cas. Il ressort de cette étude que le vécu des mères d’enfants autistes est entachée de stress et de difficultés liées aux caractéristique du trouble du spectre de l’autisme d’une part et de l’exigence de sa prise en charge d’autre  part. Cette étude nous a aussi permis de comprendre la détermination d’une mère qui cherche une solution au problème de son enfant au point de s’engager pour la cause de l’autisme. Cette étude a également permis de mettre en évidence les différents facteurs de stress liés à l’autisme et sa prise en charge et les croyances sur ce trouble.

Les parents gagneraient à s’informer davantage sur ce trouble et à s’outiller pour mieux assumer leur fonction de premier éducateur et thérapeute de leurs enfants, ceci pour son bien-être et pour un bon pronostic. Pour l’intérêt de la science, il serait important de mener des études similaires sur un échantillon plus large. Nous pourrions ainsi améliorer notre compréhension des difficultés parentales à partir de plusieurs expériences différentes et apporter des solutions dans l’amélioration de la qualité de vie des familles.

7. Bibliographie

ABRAHAM, N., & TOROKO, M. (1978). l’écorce et le noyau. Paris: Aubier-Flammation.

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COHAN, M. I. (1986). Le petit livre des parents: Ressource à l’intention des parents qui viennent d’apprendre que leur enfant présente une déficience intellectuelle. Downsview: Institut G.Allan Roeher.

Derguy, C. (2014). L’ajustement parental dans les troubles du spectre de l’autisme. Etude des facteurs de protection et de vulnérabilité et développement d’un programme d’éducation thérapeutique (éd. https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01531051 ). Bordeaux: psychologie Université de Bordeaux.

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