Séquelles du réfugié : un parcours de tous les jours

Séquelles du réfugié : un parcours de tous les jours

On ne choisit pas d’être réfugié, c’est une situation qui s’impose à certaines personnes à un moment
de leur vie, et cela pour des raisons de sécurité.
Seulement, la plupart des gens ignorent souvent les cinq points clés ci-dessous que vivraient les
réfugiés et qui leur demanderaient au quotidien une force mentale supérieure à la moyenne, mais
aussi le support de tous.

Le point de départ des séquelles du réfugié serait le renoncement. Le fait de devoir abandonner
maison, activité professionnelle et rémunératrice sans préavis peut constituer un choc à intégrer
dans un laps de temps relativement court. Pour les moins chanceux, à cela s’ajouterait la perte
humaine : parents, enfants, frères et autres affiliés dans des conditions parfois vécues et indélébiles
pour la mémoire.

La perte est simultanément physique et mentale, mais surtout …brutale. Elle supposerait d’intégrer
des abris parfois de fortune ; ou encore des migrations fréquentes jusqu’à un nouvel espace prévu
pour la condition du ‘’réfugié’’ bien loin de son cadre de vie habituel et de la tranquillité qui allait
avec.

La fraîcheur du souvenir

La mémoire est une belle propriété du cerveau humain, mais c’est possiblement aussi l’une des plus
cruelle pour les séquelles du réfugié. Lorsqu’on est ‘’fraîchement’’ réfugié, il est possible que le
souvenir soit un phénomène quasi-quotidien et réflexif pour l’esprit. La sensation de revoir
inopinément et à l’infini les scènes précédant la migration ou la migration en elle-même apparaîtrait
comme normale au quotidien.

Le cerveau du réfugié d’une certaine manière serait d’une certaine manière en mode ‘’pause’’ sur
cette partie de sa vie à ce moment-là, car les séquelles seraient encore trop fraîches, trop près, trop
intactes. La personne réfugiée se remémorerait alors les êtres, le cadre de vie, mais également la
stabilité physique et émotionnelle perdu. Il est possible que les séquelles du réfugié ici induisent
alors divers troubles : sommeil agité, fatigue, perte de poids, manque d’appétit. Ces troubles pour
certains pourraient s’estomper avec le temps, et pour d’autres les accompagner beaucoup plus
longtemps.

A ce stade, où la condition de réfugié est en quelque sorte actée (Dans des structures dédiées ou
créées au pied levé parfois), il faudrait pouvoir s’intégrer. Il faudrait dès lors composer avec les
conditions matérielles de vie, le climat géographique, le principe de ‘’l’assisté’’ matériel et/ou
physique quotidien qui est désormais un pan de son identité.
Le pan social de l’intégration du réfugié serait également une étape délicate, en raison du regard du
nouveau milieu d’accueil.

Il devient possible d’assister à de nouvelles formes de rejet : les vestiges
tangibles d’une vie civile ou professionnelle tels acte civil ou diplômes n’existant plus parfois ; le

handicap physique preuve du martyr enduré, deviendrait un point discriminant à l’insertion
professionnelle ou sociale ; les séquelles du réfugié se prolongeraient alors sous une nouvelle
étiquette : la mise à l’écart liée à son profil ‘’suspect’’ ou ‘’peu rassurant’’.
En réponse, il se pourrait alors pour la personne réfugiée d’essayer de se fondre dans la masse, de ne
pas faire de vague en quelque sorte, de faire avec le peu que la société veut bien lui donner.

Une confiance en soi qui va décroissante

Au travers du reflet renvoyé par la société, le réfugié se verrait sous une forme peu positive. Il se
percevrait avec peu de valeur ou l’impression que l’environnement actuel lui aurait déjà fait une
faveur. Les séquelles du réfugié seraient alors alimentées par ses perceptions et projections moins
positives les unes des autres.
Il se pourrait que la personne réfugiée ici n’ait plus réellement d’aspiration ; qu’elle se satisferait de
petit métier ou d’activités informelles ou peu valorisantes. Elle ne sentirait pas à sa place et la société
lui rappellerait d’une certaine manière qu’elle ‘’n’est pas chez elle’’ et parfois peu subtilement ‘’d’où
elle vient’’.

Les troubles déjà installés pourraient probablement s’accentuer (troubles du sommeil, difficultés à
gérer ses émotions, etc.) et potentiellement emprisonner la personne réfugiée en elle-même. Cette
forme de prison individuelle pourrait courir sur des mois, voire des années ; et pour ceux qui s’en
sortent moins bien, le suicide deviendrait une alternative non-négligeable s’ils ne bénéficient pas
d’une aide à temps.

Ce qu’il faudrait également savoir sur une personne réfugiée est qu’elle se battra probablement
toute sa vie avec les démons de son passé. Le fait d’avoir retrouvé au bout de plusieurs années une
forme de stabilité tant sociale que professionnelle, ne garantirait pas définitivement la disparition
des séquelles pour les personnes réfugiées.

Le fait de retrouver une identité civile par des documents reconduits, une vie professionnelle par un
emploi valorisant ou une activité commerciale florissante, une vie sentimentale recrée auprès d’un
nouveau conjoint ou d’une nouvelle famille ne refermerait véritablement les blessures d’une
personne réfugiée. Cette personne pourrait conserver une certaine sensibilité à certains mots,
certaines phrases, certains bruits, certaines situations ou schémas dans sa vie quotidienne, par
rapport aux autres.

Les séquelles

Ses handicaps physiques bien qu’acceptés devraient rester comme une preuve de son parcours
difficile de réfugié ; ses faiblesses émotionnelles bien que reconstruites dans un nouveau cadre
pourraient continuellement être mises à l’épreuve d’un effondrement plus grand pour peu qu’une
autre personne appuie là où ça fait mal.

Les séquelles du réfugié ne devraient pas être prise pour un mythe, ou un sujet banal comme bon
nombre pourraient le penser. Il s’agit de personnes passées du ‘’home sweet home’’ au ‘’home
bittersweet home’’ pour certaines, ou ‘’no home’’ pour d’autres, avec des blessures visibles ou
invisibles profondes. A bien des égards, ce sont des personnes qui devraient bénéficier d’un

minimum de compréhension et d’accompagnement de ceux qui les entourent, proches ou non ; car,
l’acceptation de leur condition et des séquelles laissées par ce changement de statut au fil du temps
restera un chemin long qui leur demande du courage tout au long de leurs vies.

 

Paule-Marie EBOKO

 

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